Retour
Conférence de Monsieur Jean-Michel Rudrauf
le 19 avril 2008 à Saverne
organisée par l’association Progeroldseck

Les châteaux de Gross- et Klein-Geroldseck

Selon les « Schwäbischen annalen », la construction du château de Geroldseck am Wasichen, ainsi que celui de Geroldseck en Bade, serait l’œuvre d’un comte de Souabe nommé Gerold, frère de Hildegarde, l’épouse de Charlemagne. Une autre tradition attribue la construction du château à la famille du même nom au pays de Bade mais Schoepflin met en évidence, déjà au 18e s., qu’il n’y a aucun argument pour affirmer que ces deux lignées ont une origine commune.

Le château semble avoir été bâti au début du XIIe siècle, en relation avec l’abbaye de Marmoutier qui avait reçu au VIe siècle du roi Childebert II un grand territoire s’étendant du piémont des Vosges jusque dans le massif vosgien, au Sud de la vallée de la Zorn. Ce domaine, qualifié à partir du XIe siècle de marche d’Aquilée (marcam Aquileiensem) et par la suite de marche de Marmoutier deviendra la base foncière de la seigneurie de Geroldseck.

Gross-Geroldseck ne domine pas directement l’abbaye qui se trouve à 4,5 km à vol d’oiseau, cachée du château par la colline du Sindelsberg. Mais il s’agissait du plus proche site permettant d’établir une forteresse. Celle-ci est caractéristique de la construction castrale de l’époque romane, à savoir une vaste enceinte renfermant tous les bâtiments, qu’ils soient d’habitation ou économiques, permettant une vie quasiment en autarcie. Si le château ne se trouvait pas au centre de la marche, il avait par contre l’intérêt d’être proche de Saverne où les Geroldseck exerçaient également des droits d’avouerie pour les possessions qu’y avait le monastère et de faire face au Hohbarr, château de l’évêché de Strasbourg.

L'avouerie de l'abbaye de Marmoutier à l'origine de la propriété foncière des Geroldseck

Les sires de Geroldseck fondèrent leur situation éminente dans la région sur l'avouerie du monastère, qui leur permit d’agir comme les véritables maîtres de cette dernière. Ainsi, ils mirent les mains sur les villages de la marche de Marmoutier avec l’accord de l’évêque de Metz qui avaient besoin d’eux pour maintenir ses positions en Alsace. Elles étaient menacées par les efforts de l’évêque de Strasbourg pour reprendre en main les localités et terres relevant de son diocèse. La marche de Marmoutier devint ainsi la seigneurie de Geroldseck dont l'étendue exacte n'est indiquée que dans un acte d'investiture de 1387 : le château de Gross-Geroldseck (das Schloss zu Geroltzeckhe) – Klein-Geroldseck n’est pas mentionné -, Marmoutier et les localités en dépendant à savoir Reutenbourg, Lochwiller, Salenthal, Dimbsthal, Haegen, Dompeter (Thal), Singrist, Gottenhouse, Waldhofen (Saint-Gall) et Garrebourg.

Partout où l’on trouvait aux XIe-XIIe siècles des biens de l’abbaye de Marmoutier, on rencontre aux XIIIe-XIVe siècles des biens des Geroldseck, des Ochsenstein (qui sont une branche des Geroldseck) et des Greifenstein (qui sont eux-mêmes issus des Ochsenstein). Les sires de Geroldseck jouèrent d’ailleurs sur les deux tableaux, B. Metz notant que le prélat strasbourgeois, plutôt que de les affronter, acheta leur neutralité en leur donnant l’avouerie de ses propres Eigenklöster de Haslach, Saint-Etienne de Strasbourg et Surbourg.

L'évolution des constructions aux XIIe-XIIIe siècles

Du château primitif ne subsiste aujourd’hui qu’une partie du mur d’enceinte. Le château a en tout cas a été reconstruit dans la seconde moitié du XIIe siècle ainsi que l’attestent certains tronçons de courtines ; le premier logis seigneurial se dressait en rebord de la terrasse supérieure. Par ailleurs, les fouilles archéologiques indiqueraient qu’il existait aussi des habitats seigneuriaux dans la partie N-E du château. Probablement un peu plus tard, vers 1200, semble avoir été édifié le haut donjon carré, isolé mais dominant toutefois l’entrée, tour qui était habitable. Puis, vers les années 1220, fut édifié un grand corps de logis ou palais seigneurial, aux caves couvertes de voûtes d’arêtes, et dont la taille se fit aux dépens de l’ancien logis auquel fut adossé une autre construction à l’Ouest, lui faisant semble-t-il perdre son statut originel .

Existence de deux châteaux de Geroldseck

Selon un document aujourd’hui perdu et mentionné par Dom Calmet, un seigneur de Geroldseck s’étant emparé en 1235 du château de Lützelburg, l’évêque de Metz envoya son neveu Geoffroy d’Apremont le reconquérir. Fait prisonnier, le sire de Geroldseck fut libéré contre une lourde rançon « qui fut hypothéquée sur les deux terres de Gerolsec ». B. Metz note que le mot « terre » n’est utilisé que tardivement pour désigner une seigneurie et suppose que la source originelle mentionnait « les deux châteaux de Geroldseck » ou plus simplement « les deux Geroldseck ». Si ceci est exact, ce serait la preuve qu’à cette date existait déjà Klein-Geroldseck qui pourrait avoir été construit par un membre de la famille essaimant depuis le burg originel. Des documents ultérieurs montrent toutefois que si la famille s’était alors divisée en deux branches, il est inexact, contrairement à ce qu’affirment certains, de dire que l’une d’elles s’établit dans le nouveau château.

Le château de Klein-Geroldseck

Le château confié à la garde de burgmannen

Dans le début du XIIIe siècle, Geroldseck apparaît avoir été confié à la garde de vassaux castraux, contre la remise d'un fief castral. Le premier de ces burgmannen qui soit connu est en 1213 Hartung von Wangen, ministériel de Saint-Etienne de Strasbourg. En 1263, Conrad von Pfaffenhoffen est qualifié d’écuyer de Geroldseck quand il fit don à l’abbaye de Marmoutier de biens situés à Mittelhausen. Le 3 février 1269, se plaignant de ce que les chevaliers auxquels ils avaient confié la garde du château en fief castral avaient négligé d’y résider, Simon et Burkard IV von Geroldseck accordèrent le fief du château aux écuyers Wilhelm et Albrecht von Schynach et à Anselm et Otto von Ichtratzheim, en raison des fidèles services rendus par leurs parents. Ces vassaux leur prêtèrent alors le serment de défendre le château et ses dépendances avec tous leur corps et biens et promirent qu’au moins deux d’entre eux assureraient toujours la garde de cette forteresse.

La famille de Dettwiller apparaît également avoir été investie de cette fonction car en 1325, Lutzemann von Dettwiller est cité comme étant le fils de feu Lutzemann von Geroldseck. En 1333, l’écuyer Lutzmann, fils de feu Lutzmann von Dettwiller, était, ainsi que son cousin Götz Fessler, résidant à Saverne, sessritter de Geroldseck.

Tentative de mettre fin aux abus d'autorité des Geroldseck

En 1137-46 avait été rédigé un coutumier de la cour colongère de Marmoutier dont l’un des articles stipule que lorsque l’avoué descendait de Geroldseck avec ses gens pour tenir un plaid, le maréchal de l’abbaye prendrait leurs chevaux en charge dès son arrivée et leur donnerait, « en abondance » et aux frais de l’abbaye, le foin et la paille nécessaires. Mais il apparaît à la fin du XIIIe siècle que les seigneurs abusaient de ce droit et de leur autorité.

Ainsi, le 29 août 1287, à la suite d’une plainte de l’abbé, l’évêque de Strasbourg Conrad von Lichtenberg fit savoir qu’il avait déjà deux fois invité en vain les sires de Geroldseck à se conformer aux décisions du concile de Würzburg et de désigner un seul d’entre eux comme avoué de l’abbaye. Il demandait par conséquent au vicaire de Saverne de se rendre au castrum Gerolzecke et à la villa Hegenheim (les seigneurs semblent avoir résidé également dans une cour à Haegen) pour les sommer une troisième fois de s’exécuter.

Mais cette injection n’eut pas davantage de succès, l’évêque rappela, le 8 octobre 1294, qu’il avait à plusieurs reprises demandé aux Geroldseck de se concerter entre eux pour désigner l’unique avoué. Ces derniers n’ayant jamais obtempéré et l’abbaye se plaignant à nouveau des désagréments croissants qu’avait pour elle la multiplication des avoués, il ordonnait aux vicaires de Saverne et de Hengwiller de se rendre au castrum Gerolzecke et de les sommer de désigner dans le délai d’un mois l’un d’eux comme avoué unique, ceci sous peine d’excommunication.

Mais cette injonction ne semble pas avoir eu plus d’effet puisque ce n’est que par un acte non daté, mais probablement rédigé vers 1301, que Burkard von Geroldseck prit, pour lui, son frère et d’autres membres de la famille, l’engagement de respecter à l’avenir les droits de l’abbaye.

Première mention explicite des deux châteaux de Geroldseck

En 1349, Hug l’aîné et les frères Hug le jeune, Johann, Gebhard et Friedrich von Geroldseck remirent aux frères Wilhelm et Johann Havener (Haffner von Wasselnheim) le fief castral que détenait Albert Senger von Steingewircke (Steinbourg), mort sans héritiers, sur le château de Vieux Geroldseck (zu der Alten Geroltzecke), leur donnant en même temps l’expectative sur le fief castral de Simund von Hüttendorf zu der Newen Geroltzecke. Les frères Hafffner et leurs héritiers jouiraient en commun de ces deux fiefs, qui n’en feraient plus qu’un, et l’un devrait ne desservir que Alt-Geroldseck. Hug l’aîné et Hug le jeune appartenant aux deux branches de la famille, ceci montre également qu’elles se partageaient la possession des deux châteaux.

Depuis les années 1280, la famille était divisée en quatre branches qui possédaient chacune un quart de Marmoutier et de la seigneurie (notamment de ses revenus). La situation est moins claire concernant les châteaux, au moins deux d’entre elles se partageant Gross-Geroldseck, une autre portant le surnom de Stenzel, venant du château de Steinsal, et une quatrième résidant peut-être à Klein-Geroldseck.

Vers le milieu du XIVe siècle, une famille qui se dirige rapidement vers son extinction

En 1359, le chevalier Johann von Geroldseck étant décédé sans héritier direct, l’évêque de Metz Adhémar de Monteil remit les fiefs devenus vacants, à savoir un quart des châteaux de Geroldseck et de la ville de Marmoutier, un quart de l’avouerie de Marmoutier et de Sindelsberg, etc, à Ulrich von Finstingen. Mais la réclamation des parents du défunt l’aurait obligé à faire marche arrière et à remettre cette part à Volmar von Geroldseck, représentant de l’autre branche de la famille.

Toutefois,en 1364, l’évêque de Metz Jean fit à son tour cession de la part de Marmoutier et des châteaux de Geroldseck (partem Maurimonasterii…item partem castri Geroltzecken), avec leurs dépendances, devenue vacante après la mort de Johann von Geroldseck, fils de Hugo, à Thiébaut de Blâmont et aux frères Johann, Ulrich et Brunon von Rappoltstein, ceci sans plus d’effet.

Le 12juillet 1375, les frères Georg et Heinrich von Geroldseck, ainsi que Anna von Ochsenstein, épouse du second, firent savoir qu’ils voulaient dédommager Rudolf von Ochsenstein qui s’était porté garant à propos de la « burg und veste » de Geroldseck remise au sire d’Andlau.

Resté le dernier rejeton mâle laïque de la lignée, Volmar von Geroldseck conclut en 1381, avec l’évêque de Metz Dietrich Bayer von Boppard, un accord concernant la dévolution de ses fiefs messins, afin que ses sœurs ne soient pas entièrement dépouillées du patrimoine familial. Le prélat fut assez arrangeant car s’il n’accorda pas le droit de quenouille leur permettant d’hériter de l’ensemble du patrimoine. Il fit savoir qu’à la mort de Volmar une moitié de la seigneurie, constitué par les deux châteaux de Geroldseck, Marmoutier et toutes leurs dépendances (beide vesten Geroltzecke, Maursmünster mit aller herrlichkeit), ferait retour à l’évêché mais que le fief de l’autre moitié reviendrait à ses filles, s’il en laissait, soit à sa mère et à ses sœurs.

A l'extinction des Geroldseck, la moitié du domaine est inféodée au comte de Lützelstein et l'autre moitié à la mère et aux soeurs du défunt

Volmar von Geroldseck mourut peu après, en 1390 ou 1391. La convention passée avec l’évêque de Metz entra alors en vigueur et, le 14 septembre 1391, une moitié de la seigneurie fut accordée à sa mère Walpurge von Lützelstein et à ses sœurs Kunegunde, épouse de Rudolf von Ochsenstein, Adelhaide et Katharina. Quant à l’autre moitié, l’évêque Raoul l’inféoda au frère de Walpurge, le comte Heinrich von Lützelstein qui, le même jour encore, en engagea la moitié (donc un quart), avec l’accord du prélat, à l’évêque de Strasbourg Friedrich von Blankenheim.

En 1392, Adelhaide von Geroldseck épousa Eberhard von Wangen qui devint ainsi copropriétaire de la seigneurie.

La seigneurie et les châteaux deviennent une copropriété (Gaberbinat) partagée entre de nombreux seigneurs

En 1393, l’évêque de Strasbourg Friedrich engagea sa part de la ville de Marmoutier et des deux châteaux de Geroldseck, avec les villages en dépendant à Heinrich IV et Ludwig IV von Lichtenberg. Dès 1394, cette part fut engagée au comte Friedrich von Leiningen-Dagsburg.

En 1394, la comtesse Walpurge von Lützelstein, son gendre Rudolf von Ochsenstein, l’épouse de celui-ci Kunigunde et leurs fils mineurs Friedrich, Johann et Crispian remirent la moitié de leur part de la ville et forteresse de Marmoutier, des deux Geroldseck, etc, au comte palatin Ruprecht II le Vieux, sous la réserve que celui-ci leur conserve le droit d’ouverture qu’il ne s’en serve pas contre leur suzerain, l’évêque de Metz et qu’il paye, au cas où il utiliserait ce droit d’ouverture, sa part des frais de garde.

Ceci entraîna la conclusion d'un Burgfrieden entre les copropriétaires à savoir le comte palatin Ruprecht, le comte Heinrich von Lützelstein et sa sœur Walpurge, Rudolf von Ochsenstein et son épouse Kunegunde et les sires Rudolf von Hohenstein, Berthold Münch von Wilsperg et Egelolf von Lützelburg. Cette paix castrale prévoyait que chacun des copropriétaires gardait le droit de préemption, avait le droit d'y accueillir un ami à condition qu'il ne soit pas un ennemi d’un autre ganerbe. On fixa les droits de séjour, on délimita une zone pacifiée à l’intérieur de laquelle il ne pourrait pas être fait la guerre entre copropriétaires. On fixa la procédure à employer contre un copropriétaire qui ne respecterait pas cette paix et on décida de nommer un administrateur commun pour gérer la copropriété.

En 1399, l’évêque de Metz accorda un fief castral à Ulrich von Ratsamhausen qui jura alors une paix castrale pour les deux châteaux avec Melchior von Than. .

En 1402, le comte Heinrich von Lützelstein engagea un quart de la seigneurie à Eberhard von Ramberg, qui épousa Agnes von Ochsenstein, qui reçut cette part en douaire. Une fraction de la part des Lützelstein (probablement un quart de la seigneurie) fit partie en 1404 de la dot de Elisabeth qui épousa le comte Johann von Leiningen-Rixingen. Agnes von Ochsenstein s’étant remariée avec Heinrich Bayer von Boppard, ce dernier jura en son nom, en 1411, le Burgfrieden pour Marmoutier et les deux Geroldseck avec les autres copropriétaires.

Comme on peut le constater, la seigneurie se morcela à la suite d'unions matrimoniales (encore en 1440 aux Fleckenstein-Sulz et en la même année au comte Heinrich von Zweibrücken-Bitsch) mais aussi de cessions à des tiers (ainsi en 1416 Smassmann von Rappoltstein, en 1453 aux Andolsheim, en 1454 aux Lichtenberg et aux Finstingen, en 1456 aux Oberkirch, en 1466 aux Mey von Lambsheim). En 1436, un accord fut conclu entre les comtes Johann et Rudolf von Leiningen et la ville de Strasbourg par lequel les comtes concédèrent, pour une période de 10 années, le droit d’ouverture « zu Morsmünster und dem slosse Gross Geroltzecke » . Il n'est pas question de Petit-Geroldseck (déjà abandonné ?). En 1460 s’éteignit avec Wilhelm la lignée des comtes de Lützelstein. Ses biens furent hérités par le fils de sa sœur, Philibert Frédéric de La Palu.

Ces partages et cessions expliquent que malgré les nombreuses paix castrales, on n’était jamais à l’abri d’un conflit entre copropriétaires. Un différend opposa ainsi Hartung von Wangen à Ludwig IV von Lichtenberg qui entreprit finalement une expédition contre Gross-Geroldseck dont il s’empara (angewonnen). Cette querelle fut alors arbitrée en 1421 par l’électeur palatin qui ordonna au sire de Lichtenberg de restituer immédiatement le château au sire de Wangen et aux autres co-propriétaires.

Cet état de copropriété explique aussi que personne n'était vraiment incité à s'occuper de l'entretien du château et de ses défenses. Certes il y eu des travaux (visibles sur les maçonneries) mais davantage au niveau des bâtiments intérieurs pour que chacun puisse avoir sa résidence dans les murs et pour améliorer le confort. Ainsi, il n'y a aucun aménagement pour adapter le château à l'artillerie si ce n'est peut-être l'aménagement d'une barbacane en avant de l'entrée, en relation avec l'aménagement de l'actuel chemin d'accès).

Aussi, en 1458, Rudolf Beyer von Boppard écrit-il une lettre à Georg von Ochsenstein dans laquelle il lui fait savoir que l’évêque de Metz se plaignait que l’on prenait de nouveaux ganerbes dans la marche de Marmoutier sans son accord mais aussi du triste état de délabrement dans lequel les coseigneurs de la marche laissaient tomber le château de Geroldseck (und lasse die Burg Geroldseck verkommen).

Le château détruit pour cause de brigandages

Finalement arrivera ce qui devait arriver, un des occupants va échapper à tout contrôle et va se servir du château à des fins personnelles, en l'occurrence se livrer à des actes de brigandage, qui vont conduire à la destruction du château.

Cet épisode est connu par plusieurs sources : l'Archiv Chronik de Strasbourg, la chronique de J.J. Meyer (qui s'exprime quasiment en les mêmes termes), les chroniques de Mathias von Kemnat et de Johannes Trithemus et enfin celle de Bernhard Hertzog.

Par ces sources, on apprend ainsi que le duc Nicolas de Lorraine, dont les terres auraient particulièrement souffert des rapines des occupants du château, et l’électeur palatin Friedrich I. unirent leurs forces et, à la tête d’une armée de fantassins et de cavaliers, marchèrent sur le château de Geroldseck et la ville de Marmoutier dont la garnison parvint à s'enfuir (de nuit affirme Trithemus). Le château et la ville semblent, d'après ces sources, avoir ouvert leurs portes sans résistance, alors que Fischer fait état d'un bombardement des places. Les murs de celles-ci furent démantelés le mercredi le 23 octobre. Hertzog ne parle pas de destruction, par contre l'Archiv Chronik affirme que les places furent incendiées (ce qui, si le fait s'avérait exact, ne toucha que Geroldseck). Le vendredi, cette armée se retira.

Selon certains auteurs, l’auteur de ces brigandages aurait été Henrich May von Lambsheim, selon d’autres, le commandant du château était un Sebastian von Andlau. Mais les sources anciennes ne disent rien de l'identité de ces « brigands » qui occupaient Gross-Geroldseck. Sebastian von Andlanck est en réalité bien mentionné par Hertzog, mais comme Hauptmann du château de Hohengeroldseck, assiégé en 1486. Ce Sebastian von Andlau n’est apparemment pas un membre de la famille d’Andlau ; aurait-il été un bâtard ou simplement un habitant d’Andlau ?

La mention d’une nouvelle prise et destruction du château en 1473 et 1486 est donc en réalité une confusion avec le château de Hohengeroldseck au pays de Bade.

Petit-Geroldseck n'est pas cité. Probablement était-il déjà abandonné. Les deux châteaux de Geroldseck sont tous deux mentionnés comme ruinés en 1507.

Le domaine aux XVIIe et XVIIIe siècles

Au début du XVIIe siècle, le domaine, et donc les ruines étaient encore partagées entre les comtes de Hanau-Lichtenberg, le duc de Lorraine et les seigneurs de Ribeaupierre et de Wangen. Vers 1615, période marquée par un essor de la démographie, des habitants de Haegen vinrent défricher une quinzaine d’ares de forêts autour de Gross-Geroldseck pour y semer des céréales (ein zimblicher grosser begriff mit holtzhauwen abgeraumbt worden…unberoden und mit früchten besägen). Mais l’abbé de Marmoutier leur réclama alors le payement de la dîme novale. Les coseigneurs de la Marche exprimèrent leur désaccord, faisant remarquer à l’abbé qu’il n’était pas propriétaire du château.

Dans la seconde moitié du siècle, le domaine fut acheté par les comtes de Fürstenberg. Mais en 1705, l'épouse du comte, qui résidait alors à Dresde, vendit la seigneurie de Marmoutier comprenant « …les deux châteaux masures du Grand et Petit Geroldseck » à l’abbé de Marmoutier.

Arth nous apprend qu’en 1718, frappé par le foudre, le donjon s’écroula en partie.

Selon la tradition, auraient existé au château des souterrains que trois bourgeois de Saverne auraient entrepris d’explorer en 1770. Après soulevé une trappe donnant sur un escalier, ils se risquèrent dans le noir mais deux rebroussèrent chemin, laissant leur compagnon, un boulanger, continuer seul. Celui-ci ne revenant pas et ne répondant pas à leurs appels, ils retournèrent à Saverne, la nuit commençant à tomber, et prévinrent l’épouse du disparu. Celle-ci, avec l’aide de plusieurs, monta aux ruines et, à la lueur des torches, partit à sa recherche de son époux qui fut retrouvé, à moitié mort de peur.

Le Grand-Geroldseck objet de travaux de dégagement et de restauration

Au XIXe siècle, la ruine servit de carrière de pierres pour les habitants des environs qui arrachèrent notamment les pierres à bosse de la façade extérieures du logis seigneurial. A partir de 1861, des travaux de dégagements furent entrepris grâce à un crédit de 150 Francs étant alloué en 1862 par la Société pour la Conservation des Monuments Historiques. Dirigés par M. Furst, architecte à Saverne, ils permirent de dégager la grande cave du logis seigneurial. Mais des voûtes qui menaçaient alors de s’effondrer furent volontairement abattues. En 1868, des travaux complémentaires furent entrepris à titre privé, sous le contrôle de Emile Audiguier, conservateur du Musée de Saverne. D’autres travaux ont été menés en 1874.

La ruine a été déclarée Monument Historique en 1878 et de nouvelles restaurations furent alors entreprises en 1879, 1905, 1906 et 1910 par l’administration allemande, en particulier au donjon. En 1905 fut dégagée la cave du logis seigneurial. De nouveaux travaux de nettoyage ont été conduits en 1931 et 1937 par le Service des Monuments Historiques. Après la fouille non autorisée de la citerne au pied du donjon, en 1951, quelques travaux de nettoyage et de relevés ont été entrepris en 1965 et 1966 par l’Opération Taupe. Le parement intérieur et le sommet des murs du donjon ont été restaurés en juillet et août 1980 et des sondages entrepris en même temps par R. Kill. Des fouilles programmées ont été menées de 1982 à 1986 et en 1988 et 1990 par G. Perals.

Conférence de Monsieur Jean-Michel Rudrauf
le 19 avril 2008 à Saverne
organisée par l’association Progeroldseck

Retour